Sans la France, l’Europe était repartie pour 15 ans de glyphosate. C’est parce que la France était là que nous avons limité à 5 ans la prolongation européenne.
Méthodes
Diagnostic
UN PRODUIT DANGEREUX POUR LA SANTE
Le glyphosate est la molécule active de l’herbicide Roundup produit par la firme Monsanto. Cet herbicide a été homologué en 1974. Tombé dans le domaine public en 2000, le brevet de cette substance a permis au glyphosate d’être l’herbicide le plus utilisé au monde.
Le glyphosate est un outil de gestion des prairies, soumis à des autorisations de mise sur le marché et qui permet notamment d’éliminer le verdissement des parcelles sans avoir à travailler la terre.
Depuis 2015, la dangerosité du glyphosate est un sujet controversé bien que, grâce au travail de la communauté scientifique et à l’engagement citoyen, un consensus semble s’être récemment imposé quant à sa toxicité.
DES TENTATIVES DE SORTIE BALBUTIANTES A L’ECHELLE EUROPEENNE
En mars 2015, le glyphosate avait été classé comme agent probablement cancérogène pour l’homme par le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC), agence spécialisée de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Cependant, certains Etats européens ont défendu le fait que le caractère cancérigène du produit restait, lui, sujet à débat, comme a pu le dire l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).
Cela a toutefois été contredit par la décision prise par le tribunal de San Francisco le 10 août 2018, dans le procès intenté par Dewayne Johnson. Jardinier sur les terrains scolaires de Benicia en Californie, Dwayne Johnson a utilisé du Roundup de 2012 à 2014. Atteint par la suite d’un lymphome (cancer des globules blancs), il a attribué sa maladie à l’utilisation du produit, remettant une fois de plus la dangerosité du glyphosate sur le devant de la scène. La Cour a rendu son verdict en faveur du plaignant et lui a permis d’être indemnisé par la firme de près de 290 millions d’euros à titre de dommages et intérêts.
Malgré la volonté affichée par Monsanto de faire appel de la décision, de nombreuses voix politiques et scientifiques se sont élevées afin de souligner l’importance d’un tel jugement. En atteste la déclaration de Nicolas Hulot : C’est une décision de justice très argumentée, qui est providentielle car elle rend enfin visible ce que certains s’obstinaient à ignorer depuis trop longtemps : le fait que l’objectif dissimulé de Monsanto, sa stratégie ignoble, est de mettre en coupe réglée les ressources alimentaires de la planète.
Pour autant, en l’absence de consensus scientifique concernant le glyphosate, plusieurs pays de l’Union se sont régulièrement opposés à son interdiction totale en attendant des études complémentaires. C’est ainsi qu’à la suite du rapport de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) publié en mars 2017 – qui souligne la dangerosité pour les yeux et les effets à long terme sur la vie aquatique du produit tout en remettant en question son caractère cancérogène – la Commission européenne a proposé de prolonger l’autorisation actuelle du glyphosate pour 10 ans.
Action
UN ENGAGEMENT REAFFIRME DE LA FRANCE EN FAVEUR DE LA FIN DU GLYPHOSATE
La France a déjà amorcé la proscription du glyphosate sur son territoire. Il n’est ainsi plus possible ni de l’utiliser au sein des espaces publics depuis janvier 2017, ni par les particuliers depuis janvier 2019.
C’est dans la continuité de cette volonté de sortie des pesticides que la France, conformément à l’engagement du président de la République, s’est attelé à convaincre nos partenaires européens d’abaisser le renouvellement de l’autorisation du glyphosate à une durée de 3 ans. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, résumait cela en disant que la France a tenu la dragée haute à ses partenaires européens.
Bien que cette proposition n’ait pas été retenue par la Commission européenne, le délai de renouvellement finalement adopté en en novembre 2017 a été réduit de 1O à 5 ans.
Sur le plan national, le ministre d’État en charge de la Transition écologique, François de Rugy, a malgré tout tenu à réitérer que : L’engagement pris par le Président de la République, de sortir en 3 ans du glyphosate serait tenu, en discutant avec toutes les filières pour trouver des solutions.
Portée par des engagements courageux, la sortie du glyphosate a donc été initiée par le gouvernement d’Édouard Philippe, afin d’amorcer un plan d’action destiné à assurer la transition vers l’agroécologie.
Le Ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, a lui aussi confirmé le cap fixé par le gouvernement, admettant toutefois une forme de souplesse : Nous sommes à deux ans et demi de cette échéance, si c’est trois ans et quelques mois, ce n’est pas le sujet.
UN NECESSAIRE CONSENSUS AU SEIN DE L’UNION EUROPEENNE
Malgré un engagement ferme de la France pour une sortie du glyphosate, l’Union européenne reste l’échelle la plus pertinente afin d’interdire son utilisation.
En effet, empêcher nos agriculteurs déjà fragilisés économiquement d’utiliser un produit autorisé dans les pays voisins les exposerait de facto à un risque de concurrence déloyale.
Utilisé par deux tiers des cultivateurs, l’efficacité et le bas coût de l’herbicide controversé restent à ce jour inégalés. Une substitution au profit de d’autres produits pourrait à ce titre engendrer un coût difficilement supportable pour des agriculteurs qui doivent rester compétitifs vis-à-vis de leurs concurrents étrangers dans un contexte de Brexit. C’est ainsi que la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) estimait qu’une telle interdiction pèserait à hauteur de 2 milliards d’euros sur nos agriculteurs.
Des alternatives commencent toutefois à émerger sans qu’elles ne soient à ce jour commercialisées à une échelle comparable au glyphosate. Il est nécessaire de réfléchir aux conditions de leur émergence, dans l’accompagnement et la concertation. C’est pourquoi, conformément à la volonté du Gouvernement, l’introduction de la suppression du glyphosate au sein même de la loi Agriculture et alimentation a été écartée. Benjamin Griveaux, porte-parole du Gouvernement, s’est exprimé à cet égard signifiant qu’une inscription dans la loi n’est pas la garantie que ça arrive, il faut cesser de penser que la contrainte, la sanction, sont les seuls moyens de conduire des politiques publiques efficaces.
Il faut en outre noter que cette loi Agriculture et alimentation a pour vocation de renforcer considérablement la protection et le niveau de vie des agriculteurs. Comme l’affirmait la Secrétaire d’État auprès du Ministre de la transition écologique, Brune Poirson : En France, il y a 1/3 des agriculteurs qui vivent avec moins de 350 euros par mois[…] Dans cette loi, on inverse la logique, il y a des avancées majeures. Par exemple, d’ici 2022 il y aura 50% de produits issus du bio et des circuits courts dans les cantines.
Ce changement de paradigme atteste d’une volonté profonde du Gouvernement de passer à une agriculture écologique et responsable, en privilégient les actions concertées avec l’Union européenne.
Il est nécessaire que face à la mondialisation, l’Europe soit unie afin de porter sa vision pour le monde agricole. Elle est aujourd’hui mise à mal depuis l’extérieur par des grandes puissances qui n’hésitent plus à adopter des stratégies offensives pour imposer leurs normes et leurs standards. Selon le chef de l’État, cette vision d’une agriculture plus responsable ne saura s’affranchir du maintien du budget de la PAC afin de protéger les cultivateurs européens.
Ce plan d’action initié par Nicolas Hulot et Stéphane Travert (anciens Ministres de la transition écologique et de l’agriculture du gouvernement d’Édouard Philippe), s’articule autour des points suivants :
La création d’un centre de ressource d’ici la fin de l’année 2018 pour rendre accessible à l’ensemble de la profession agricole les solutions existantes pour sortir du glyphosate.
Le renforcement des actions d’accompagnement dans le cadre du programme Ecophyto pour diffuser les solutions et trouver de nouvelles alternatives aux usages actuels.
La mobilisation des réseaux territoriaux des chambres d’agriculture et de l’enseignement agricole pour faire connaître et promouvoir les alternatives au glyphosate sur l’ensemble des territoires avec l’appui notamment des coopératives agricoles.
La mise à disposition du public des quantités vendues et utilisées des produits contenant du glyphosate afin de permettre une totale transparence sur les usages agricoles.
La valorisation du travail français au niveau européen avec les pays volontaires pour s’engager, comme la France, dans une sortie rapide du glyphosate.