Plusieurs Europes ?
Depuis plus de quinze ans maintenant, la construction de l’Union Européenne (28 États membres) se fait à plusieurs vitesses avec des pays qui acceptent différents niveaux d’intégration : l’espace Schengen (26 membres) et la zone euro (19 membres) étant les plus connus. Ainsi, des États comme la Suède s’appartiennent pas à la zone euro, d’autres refusent d’entrer dans l’espace Schengen comme l’Irlande ou la Roumanie.
Des États égoïstes face à une Union en marche forcée
On a installé l’idée que l’Europe était un objet mort et technocratique […] une bureaucratie impuissante [en] oubliant que Bruxelles, c’est nous !
Par ces mots, Emmanuel Macron souligne la responsabilité qui revient aux Etats de proposer
et de refonder une Europe souveraine, unie et démocratique.
Il paraît cependant impossible de créer une Union uniforme. Les dernières crises l’attestent, les intérêts particuliers de chaque État ne disparaîtront pas du jour au lendemain : on ne parle que de fractures européennes, de prise en otage du collectif par un seul pays
. Il s’agit de s’accommoder au mieux des préférences de chaque État et de construire un ensemble cohérent. Emmanuel Macron note que les défis sont multiples et divers, car de nature économique, politique et climatique.
Face aux innombrables enjeux contemporains, la réponse européenne a pu sembler insuffisante. En effet, de nombreuses initiatives sont handicapées par les modalités techniques
qui attisent les tensions entre États, semblant pénaliser in fine un pays plutôt qu’un autre
. En conséquence, des divisions se font jour, d’abord entre le Nord et le Sud au moment de la crise financière et économique
et ensuite entre l’Est et l’Ouest
pour des raisons idéologiques relatives notamment au défi migratoire.
Des divergences qui amènent une facture démocratique
Le résultat est une fracture démocratique que traduit une fascination pour les démocraties illibérales
, et une montée en puissance des nationalismes comme en Autriche ou en Hongrie. Le gouvernement polonais piétine les droits fondamentaux.
Ces mouvements nationalistes amènent une contestation forte de l’Union Européenne qui a pu aller jusqu’à la volonté d’en sortir comme nous l’avons vu avec le Brexit
. Cette sortie, mal préparée, menace aujourd’hui directement les économies du Royaume-Uni et de l’Union Européenne ainsi que les intérêts des citoyens frontaliers.
Extrait du discours de la Sorbonne (26 septembre 2017) :
Accepter l’idée d’une Europe à plusieurs vitesses
Aujourd’hui c’est parce que ceux qui vont plus vite n’osent plus aller de l’avant que le goût même de cette ambition s’est perdu
et que la construction européenne n’avance plus. Loin de l’image de l’Europe que l’on présente souvent comme un bloc unique pour mieux la critiquer, il faut donc accepter le fait que l’Europe est déjà à plusieurs vitesses
afin que chaque pays puisse avancer à son rythme.
Les États membres doivent accepter la nouvelle donne et faire avancer le processus d’intégration à toutes les échelles afin de tendre vers cette avant-garde, ce cœur de l’Europe car sur tous nos grands défis
. En effet, si aucun État ne doit être exclu de cette dynamique, aucun pays ne doit pouvoir bloquer ceux qui veulent avancer plus vite ou plus loin.
Cette possibilité d’avancer de façon différenciée est offerte dans le Traité de Lisbonne par le mécanisme de coopération renforcée. Il permet à un minimum de neuf États membres de l’Union européenne d’établir une intégration ou une coopération accrue dans un domaine, tout en restant dans le cadre des structures européennes. Mis en œuvre pour la première fois en matière de divorce, il a permis une harmonisation des procédures dans 14 États membres tout en permettant aux pays réticents, comme la Suède, de conserver leur législation interne.
Réconcilier les Européens avec l’Europe
Depuis 2005, l’Europe a connu une décennie perdue
qui a mis à mal le rêve européen : la jeune génération n’a connu que la glaciation et la crise. L’Europe n’est qu’une histoire triste pour elle
. Élaborer un nouveau projet européen est la clé, c’est pourquoi il faut d’abord réconcilier les Européens avec l’Europe
.
Il s’agit de redonner son sens au mot union en construisant l’avenir sur un socle commun
avec des thèmes qui parlent aux citoyens comme l’éducation ou le patrimoine culturel.
Emmanuel Macron souhaite ainsi encourager un processus d’harmonisation ou de reconnaissance mutuelle de diplômes de l’enseignement secondaire
ainsi que les échanges étudiants et l’apprentissage de nos langues respectives.
Une Europe plus harmonieuse
Pour refonder l’Europe sur des bases saines, ils convient de changer de méthode
. Le futur de l’Union européenne ne peut passer que par des projets communs qui répondent aux défis auxquels les millions de citoyens européens sont confrontés.
Il faut par exemple définir une vraie convergence sociale et rapprocher progressivement nos modèles sociaux
afin que l’Europe protège plus, et mieux, ses citoyens.
Il faut par ailleurs que le débat soit mené à l’échelle Européenne dans les domaines culturels ou sécuritaires. Par exemple, la création d’une Académie Européenne de la culture
, de véritables Universités Européennes
ou encore la création d’une armée européenne.
Une vraie souveraineté européenne
Pour faire face aux défis mondiaux, les pays européens doivent construire une véritable souveraineté européenne
. Celle-ci passe, inévitablement, par un renforcement de la zone euro et une convergence économique accrue entre les pays qui la compose. En effet, il s’agit (d’)inventer une gouvernance forte
, avec un budget de la zone euro
et un ministre commun des finances.
Cette souveraineté européenne se fera aussi par la relégitimation des institutions européennes. A cet égard, le président de la République prône l’instauration de listes transnationales, c’est-à-dire des listes regroupant des candidats au Parlement Européen provenant de plusieurs pays de l’Union européenne. Le Président voit ces listes transnationales comme le moyen de voter pour un projet cohérent et commun
, un véritable projet européen et non l’agrégation de projets nationaux.
Une vraie souveraineté européenne passe aussi par une gouvernance plus efficace qui prend en compte l’intérêt de tous les États Membres, y compris des derniers entrants. Cela ne peut se faire qu’à la condition que tous les pays respectent les valeurs fondamentales qui nous unissent. C’est l’objectif essentiel que la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, poursuit en obtenant notamment la conditionnalité des aides européennes au respect des droits de l’Homme par les pays membres.
Pour conclure, et même si nous aurons des désaccords, vaut-il mieux une Europe figée ou une Europe qui progresse parfois à différents rythmes, en restant ouverte à tous ?
