Le manque de coopération en matière de défense
La coopération en matière de défense est longtemps demeurée un non-sujet de la construction européenne. Près de 50 ans se sont écoulés entre l’échec de la Communauté européenne de défense, en 1954, et le traité de Nice, en 2000, avant que l’UE se dote d’une politique de défense commune. Aujourd’hui encore, si ce ne sont des coopérations bilatérales et multilatérales qui ont vu le jour à la fin du XXème siècle, la politique de défense commune ne comprend aucun pilier capacitaire ou industriel et les budgets de défense demeurent exclusivement nationaux. L’Europe compte près de 178 systèmes d’armes différents, là où les Etats-Unis en comptent 30, et les Etats membres dépensent chaque année 227 milliards d’euros pour leur défense, contre 545 milliards d’euros pour les Etats-Unis, avec des résultats plus de deux fois inférieurs.
Face à ce constat, 25 Etats membres, dont la France, ont lancé, le 14 décembre 2017, une coopération structurée permanente pour le renforcement des capacités des Etats participants. Par ailleurs, la Commission européenne a proposé en juin 2017 la création d’un fonds européen de la défense, pour financer la R&D dans le domaine de la défense, mais celui-ci demeure limité dans son budget : 500 millions d’euros pour la période 2019-2020 et jusqu’à 13 milliards d’euros sur sept ans après 2020. Comme l’a expliqué Emmanuel Macron, nous avons posé les bases de cette Europe de la Défense ; une coopération structurée permanente, permettant de prendre des engagements accrus, d’avancer ensemble et de mieux nous coordonner ; mais aussi un Fonds européen de défense afin de financer nos capacités et notre recherche. Ce socle indispensable, nous sommes en train de lui donner un contenu, à travers les échanges des différents Etats-membres qui souhaitent avancer en cette direction. Mais il nous faut aller plus loin.
L’exigence d’une culture stratégique commune
L’UE est composée de 28 Etats membres, dont les intérêts stratégiques ont pendant longtemps différé avant de progressivement converger. Historiquement, chaque État mène une politique étrangère et de défense qui lui est propre, et qui témoigne d’une compréhension différente des enjeux géopolitiques contemporains. L’émergence d’une véritable politique étrangère européenne est dès lors freinée par ces grandes disparités existant entre les Etats membres sur le plan diplomatique et militaire. Aujourd’hui, seule l’OTAN permet une convergence effective entre les politiques des Etats membres et garantit un certain niveau de coordination entre leurs capacités, mais tous les Etats membres de l’UE ne sont pas membres de l’OTAN et l’Alliance repose sur des réalités géopolitiques qui ne recouvrent pas complètement les intérêts européens. Les velléités russes sur les anciennes républiques socialistes d’Europe de l’Est et les risques sur la stabilité régionale en Méditerranée concernent ainsi l’UE au premier chef, moins les Etats-Unis, le Canada ou la Turquie.
Emmanuel Macron a traduit ce besoin de plus d’Europe dans le domaine de la défense dans son discours de septembre 2017 : Ce qui manque le plus à l’Europe aujourd’hui, cette Europe de la Défense, c’est une culture stratégique commune. Notre incapacité à agir ensemble de façon convaincante met en cause notre crédibilité en tant qu’Européens. Nous n’avons pas les mêmes cultures, parlementaires, historiques, politiques ni les mêmes sensibilités. Et nous ne changerons pas cela en un jour.
