Une perte de souveraineté agricole
Selon le président de la République, l’Europe agricole est aujourd’hui menacée
par les grandes puissances qui n’hésitent plus à adopter des stratégies offensives pour imposer leurs normes et leurs standards
mais aussi de l’intérieur par ceux qui voudraient renationaliser la PAC
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Avec 55 milliards d’euros par an sur la période 2014-2020, la PAC représente 38% du budget de l’Union européenne. Cette politique bénéficie fortement à l’agriculture française. En 2016, la France a reçu 7,3 milliards d’euros soit 13% du budget de la PAC. Elle permet notamment à notre pays d’être leader de la production agricole en Europe.
Le principal risque pour notre agriculture est de devenir dépendant des prix et des produits des pays extérieurs : la dépendance aux importations d’engrais phosphatés russes
mais aussi le fait que 70% du bétail européen soit nourri par du soja OGM importé
en sont de parfaits exemples.
Ainsi, l’agriculture européenne s’expose à un dilemme entre une agriculture à un prix abordable et une alimentation saine : sans la PAC, l’Europe ne sera pas en capacité de faire valoir ses choix au monde
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Le défi majeur est donc de construire une souveraineté agricole européenne : Aucun agriculteur, aucun consommateur ne souhaite demain être soumis aux normes, aux standards, aux prix et finalement au diktat des non européens
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La vocation agricole en berne
Emmanuel Macron insiste souvent sur le devoir de protection, que nous avons vis-à-vis de celles et ceux qui nous nourrissent
. En effet, la profession agricole est aujourd’hui en proie à une réelle instabilité tant au niveau de la rémunération que des conditions de travail.
D’abord, les agriculteurs sont soumis aux aléas comme les catastrophes climatiques
notamment des inondations et des épisodes de sécheresses. Ensuite, ils dépendent beaucoup des chutes soudaines des prix
à cause de la volatilité incontrôlable des matières premières sur les marchés financiers. Ainsi, le président de la République fait le constat de l’absence notoire de stratégie de gestion des risques
pour les agriculteurs et pour notre sécurité alimentaire.
Par ailleurs, le monde agricole peine à se renouveler : on observe un vieillissement de la population qui tend vers une situation critique où la société construirait les conditions pour ne pas pouvoir se nourrir elle-même dans un monde de plus en plus incertain
. Pour le président de la République, on sait ce qui bloque aujourd’hui : c’est l’accès à la terre agricole
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Effectivement, de nombreuses exploitations disparaissent, absorbées par d’autres ; cela aboutit à une concentration des terres qui mine l’emploi en milieu agricole. La surface agricole est également réduite par le phénomène d’artificialisation des sols : nous n’avons cessé de grignoter les terres agricoles pour ouvrir des zones commerciales, des zones industrielles et des zones de logistiques
. Ce double phénomène conduit à une situation complexe : d’une part la surface agricole diminue tandis que, d’autre part, le nombre de personnes à nourrir continue d’augmenter.
La nécessité grandissante d’une alimentation saine, durable et indépendante
Pour finir, le Président de la République partage une certaine idée du rapport entre l’Homme et la Nature, fondée sur le bien-manger, l’art de vivre, le respect de la faune et de la flore
à laquelle tiennent les Européens. Ainsi, les citoyens européens ont l’exigence légitime de savoir ce qu’ils mangent, de savoir où et comment ce qu’ils mangent a été produit, transformé
. Aujourd’hui, la demande agricole en Europe doit donc être amenée à évoluer vers une alimentation plus saine et durable
En plus des problématiques environnementales, c’est la question de l’identité qui émerge : le défi de notre agriculture, de l’agriculture européenne, c’est de se différencier, c’est de s’appuyer sur des savoir-faire pluriséculaire
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Malgré ces difficultés, l’agriculture européenne reste inévitablement, selon le président de la République, un réel motif de fierté.
Le système agricole européen doit être transformé pour faire face aux défis démographiques, environnementaux et économiques. Ainsi, le Président de la République propose que cette politique agricole européenne [tienne] trois promesses pour sa jeunesse agricole
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LA PROTECTION DES AGRICULTEURS ET DES CONSOMMATEURS
Le premier enjeu pour protéger les agriculteurs consiste à mieux anticiper les risques climatiques et les risques financiers qui rendent instable au quotidien la profession agricole : je prends l’engagement que soit inscrit dans la nouvelle PAC, l’objectif de protéger les agriculteurs d’Europe des risques climatique, de marché
. Il propose ainsi une série de trois propositions concrètes pour une stratégie de gestion des risques
:
- Premièrement, le président de la république propose
une réserve de crise européenne
afin de pallier les aléas auxquels sont soumis les agriculteurs.
- Deuxièmement, il s’agit de mieux réguler les filières agricoles
avec en particulier une meilleure articulation entre dispositifs privés, responsabilisant les entreprises et les outils publics de gestion des risques
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- Troisièmement, il est nécessaire de diversifier les cultures pour fertiliser les sols de plus en plus artificialisés et ainsi réduire les intrants : le Président de la République propose alors
une diversification des cultures, des bassins de production et un accompagnement au changement des pratiques pour mieux s’adapter au changement climatique
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Le second enjeu pour l’Union Européenne afin de protéger les agriculteurs et les consommateurs qui respectent les règles est de se donner les moyens de traquer les fraudes, de poursuivre celles et ceux qui jouent avec la santé des consommateurs tout en installant des situations de concurrence déloyale
. A ces fins, le président de la République propose deux mesures concrètes :
- D’abord, la création d’une
force européenne pour lutter contre les fraudes et garantir la sécurité alimentaire
. Son objectif serait clair : cette force européenne, c’est la garantie que l’on apporte, qu’il n’y ait en quelques sortes des points d’entrée ou de faiblesse au sein de l’Europe où on accepterait moins de contrôles, moins de qualité et donc la circulation d’une alimentation moins exigeante pour nos consommateurs
- Ensuite, Emmanuel Macron défend l’idée d’une Europe en pointe sur les questions du big data qui laissent entrevoir un potentiel incroyable sur les rendements agricoles mais dont les données peuvent être exploitées et vendues par des grands groupes s’il n’existe pas de protection. La technologie de la blockchain peut permettre une meilleure traçabilité des produits au service du consommateur.
Faisons de l’Europe, l’avant-garde de la data agricole, en développant des outils qui permettront de suivre chaque produit depuis la production de la matière première jusqu’à l’emballage, en passant par la transformation et le transport
POUR L’ENVIRONNEMENT
La pensée d’Emmanuel Macron concernant l’environnement est guidée par l’idée qu’on ne saurait privilégier la course aux prix bas au détriment de la qualité des produits agricoles mis en vente :
Aucun accord commercial ne saurait autoriser des produits ne respectant pas les standards européens. Standards environnementaux, sanitaires et sociaux
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Selon le président de la République, la première des solutions pour une agriculture écologique est de segmenter les filières afin de sélectionner, pour chaque territoire, en fonction de son contexte climatique, géologique, social, culturel, les productions les plus adaptées
. Les normes européennes ne permettent pas aux agriculteurs européens de concurrencer du point de vue du prix les produits non soumis à des normes exigeantes. Il faut donc se différencier par la qualité en pratiquant la « segmentation » et en ayant ainsi, une production choisie.
Parallèlement à cette segmentation, Emmanuel Macron souhaite un investissement massif dans le maillon industriel, pour que la transformation de nos produits et donc la captation de valeur ne se fasse pas à l’extérieur du continent
. Pour ce faire, l’agriculture européenne développera des techniques de pointe afin que l’Europe ait un réel avantage comparatif sur l’agriculture de qualité.
Par ailleurs, le Président français est convaincu que pour relever le défi écologique il faudra compter sur les agriculteurs qui sont plus que personne attachés à la protection de la planète et à la préservation de la biodiversité parce qu’ils en vivent et ils y vivent
. Il faut que l’Europe offre aux agriculteurs les outils pour permettre aux agriculteurs de faire la transition écologique.
Il s’agit donc d’aller encore plus loin aujourd’hui en proposant qu’une part significative de la prochaine PAC soit consacrée à l’environnement
. Plus précisément, il faut que la PAC consacre davantage de moyens à rémunérer les services environnementaux rendus par les agriculteurs
. En effet, ceux-ci jouent un rôle majeur dans la protection de nos paysages comme de la biodiversité et contribuent à la lutte contre le réchauffement climatique avec les forêts qui captent du carbone mais aussi avec la production d’énergie sur les exploitations agricoles à l’instar de la méthanisation.
Comme le résume le président de la République : C’est l’identité-même de l’Europe que de concilier l’économie et l’écologie dans un projet progressiste, pragmatique et réaliste
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POUR UNE ANTICIPATION QUI PROTÈGE LES CONSOMMATEURS ET LES AGRICULTEURS
L’Europe pâtit d’un manque d’études scientifiques indépendantes et incontestées, ce qui conduit à un flottement permanent, une inertie quand il s’agit d’interdire une substance chimique présumée néfaste. C’est pour cela que la France porte une réforme de l’Autorité européenne de sécurité des aliments
afin d’apporter toutes les garanties d’indépendance et de transparence à nos concitoyens de tous les scientifiques qui contribuent, écrivent ou s’expriment dans cette enceinte
. Cette réforme serait la garantie d’une alimentation de qualité dont les européens pourraient avoir une totale confiance.
Afin de poursuivre dans la volonté de promouvoir la science européenne, Emmanuel Macron propose que le prochain budget recherche et innovation qui sera adopté par la Commission alloue plus de moyens à l’agriculture et à l’alimentation
. S’il faut d’abord que la science européenne contraigne l’usage de certains produits dans l’alimentation, il est également nécessaire que la recherche se penche sur les solutions à apporter aux agriculteurs : Quel plus bel objectif pour la recherche européenne que de trouver une alternative ?
. A ces fins, la France défend de réelles coopérations entre pays européens pour bâtir de manière pratique lorsque l’on sait que quelque chose est mauvais ou qu’il y a un doute, les alternatives dans la durée
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Emmanuel Macron souhaite enfin relancer la vocation agricole au travers d’une PAC qui favorise la constitution d’une culture commune à tous les agriculteurs du continent
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